CASSE-PIPE

Casse-pipe d’après l’œuvre de Louis-Ferdinand Céline

Le 28 septembre 1912, Louis-Ferdinand Destouches s’engage pour trois ans dans un régiment de cavalerie lourde en garnison à Rambouillet.

Le spectacle évoque la première nuit de son incorporation, terrible initiation à la vie militaire, ainsi que les premiers combats dans la guerre de 1914. Il se compose d’extraits de « Casse-pipe » et de «Voyage au bout de la nuit ». La rage de détruire, présente dans l’œuvre de l’écrivain, est dans cette période tournée contre les autorités, l’abus de pouvoir, l’absurdité d’une guerre atroce. Son écriture au style inventif et direct, « la petite musique » de Céline, fait naître tant d’émotions que la guerre est là, surgie du passé, et que nous en sommes les témoins immédiats.

Pour écouter un extrait : https://vimeo.com/203097797

Le spectacle

Pour accompagner ce texte étonnant, plein de turbulences, de truculences, de saillies, d'inventions verbales il fallait une musicienne accomplie, pleine d'audace, curieuse de voies nouvelles et qui possède à merveille l'art de l'improvisation. Sandrine Lefebvre aime passer les frontières, unir son univers à celui du théâtre, elle ressent ce secret désir qu'ont les mots d'être plus vastes, de se muer en musique, de laisser au cœur un plus profond sillage.

Accompagnatrice déjà de deux spectacles de théâtre, elle dit oui tout de suite au comédien inconnu d'elle qui frappe à sa porte. Tout de suite elle fait des propositions, ce travail musical sur des mots qui sont déjà presque musique l'enthousiasme, les jubilations verbales de Céline sont l'invite heureuse à utiliser toutes les ressources du violoncelle.

Entre le comédien et la musicienne, la complicité est née d'emblée, le spectacle s'est bâti tout à la fois théâtre et concerto. Là où les mots ne peuvent plus dire, le violoncelle les fait jaillir de leur gangue, déploie leur frénésie, incarne leurs mystères, prolonge leurs envoûtements. C'est une alchimie. Le tremblement des feuilles sous les gouttes de pluie, la cataracte des chevaux échappés qui se ruent dans le noir, le pas des hommes arpentant la cour, leurs odeurs, leurs conciliabules, leurs émois, leurs fatigues, la vibration des cordes nous en livre la folle complainte et l'entêtante rumeur.

La nuit démente du Casse-Pipe est un songe parmi des ombres qui se déforment, un voyage initiatique dans un monde grotesque, une sorte d'animalerie où les hommes apprennent à devenir des soldats. Les mots s'adaptent à l'invraisemblable, se déguisent, se maquillent, s'inventent, tirent, de la stupeur des visions, de prodigieuses drôleries, la musique amplifie l'étrange, déploie la fantasmagorie d'une nuit de carnaval où parfois, dans ce monde aux repères brouillés, à l'humanité perdue, résonnent de lointaines tendresses.

Origine et motivations

J’ai lu mon premier Céline (« Mort à crédit ») à l’âge de vingt ans, il y a un peu plus de trente ans. J’ai peu à peu lu et relu ses principaux ouvrages, des biographies, des recueils épistolaires. Séduit par le style, par la force de travail de l’écrivain, par son expérience de vie et pétrifié, terrifié par les écrits et les pensées les plus ténébreuses du personnage.

A l’origine de ce projet, il y a l’émotion qu’a fait naître en moi cette aptitude du langage de Céline à donner de la condition humaine une vision tant burlesque que tragique. Cette prose éclatée, extrêmement travaillée, évoque dans sa fièvre les tourments du jeune Ferdinand découvrant les humiliations, les outrages d’une première nuit dans une caserne prise de folie, prélude au cataclysme de la guerre 1914-1918.

La mise en théâtre me semblait s’imposer, tant la langue (phrases brèves, dialogues percutants, jaillissement verbal, puissance évocatrice) paraît proche d’une musique écrite pour être dite. Par ailleurs le personnage de Ferdinand, antihéros jeté dans la tourmente, a un air de famille avec Charlot et, au-delà, fait résonner l’univers sombre, mélancolique, parfois désespéré mais irrésistiblement drôle des clowns.

A propos de Casse-pipe

" ... Il s'agit d'un engagé volontaire au 17e régiment de cavalerie lourde, qui arrive dans la nuit et tombe sur une patrouille de l'armée. On n'oublie pas ce peloton, qui court dans l'ombre et se cache pour finir dans une écurie, qui est évidemment celle d'Augias. Les Grecs, toujours les Grecs !

Le langage saccadé d'un sous-officier furieux qui joue la comédie de la fureur, Céline le reproduit merveilleusement. Jamais il n'a été plus loin dans l'art des jurons, jamais il n'a eu plus de bonheur dans l'excès, car l'excès, en matière de cavalerie et de jurons, c'est la bonne moyenne. Ces invocations font la poésie.

La caserne du 17e cuirassiers est une création comparable à certaines apparitions, au milieu des flots, chez Homère. Elle n'est pas décrite, elle apparaît, elle se dégage lentement de la nuit, elle se révèle à travers la conversation des hommes, humanité pâteuse aux noms bretons, aux grosses moustaches, dont les sabres résonnent contre les pavés : les Bretons sont petits et les sabres sont grands. Dans ce vacarme, notre engagé volontaire garde la bonne volonté qui était celle de Bardamu, au temps de ses premiers voyages."

Roger Nimier

Le 28 septembre 1912, Louis-Ferdinand Destouches s’engageait à l’âge de dix- huit ans dans le 12e Cuirassiers, sensible qu’il était à la renommée glorieuse de ce régiment ainsi qu’à son prestige. L’apprentissage de la vie militaire dans la cavalerie s’avérait toutefois plus douloureux qu’il ne s’y attendait, comme en atteste le « Carnet du cuirassier Destouches », son journal intime, rédigé vers la fin de 1913. Quelque vingt-trois ans plus tard, après la Première Guerre Mondiale au cours de laquelle il se distinguait pour sa bravoure au combat, et juste avant la Deuxième, celui qui est alors devenu Louis-Ferdinand Céline relate, par l’hyperbole et l’outrance, son expérience de jeune recrue dans un bref roman, Casse-pipe, dans lequel il met en scène, outre les militaires, une créature éperdue et vouée à la disparition : le cheval. Erigé en personnage, sublimé par une fantaisie hallucinée, parodié aussi, celui-ci revêt une valeur métonymique avec l’homme.

Agnès Hafez-Ergaut

"Des hommes, des chevaux et de la guerre dans Casse-pipe"

Violoncelliste : Sandrine Lefebvre

Enseignante au Conservatoire à rayonnement départemental de la Communauté d'agglomération de La Rochelle et au Conservatoire municipal agréé de musique et de danse de la ville de Saintes. Musicienne jouant à l'Ensemble instrumental de la Communauté d'agglomération rochelaise C'd'Accord, ainsi qu'au Festival d'automne.Musicienne du duo Cellosubito depuis 2013.

Musicienne du duo Piena voce, violoncelle et piano, de 2008 à 2014. Musicienne de l'Orchestre de Vendée depuis 2005.
Depuis 2000, musicienne de spectacle vivant pour la compagnie des Anges au plafond.Création du " cri quotidien " en juillet 2000 et d' " Une Antigone de papier " en 2007.

2010 Création de la formation en quintette " Concert des anges ", trompette, guimbarde, flûte chinoise et trois violoncelles.
2003 Diplôme d' Etat de violoncelle.
2001-2003 CEFEDEM de Dijon ( participe à l'Ensemble Actem, au festival Why Note à Dijon).
2000 Ariam Ile-de-France : formation en alternance, pour la préparation au diplôme d'Etat. Encadrement par Francine Thirion au conservatoire de musique et de danse d'Argenteuil. Intervenants : Christophe Roy ( pour la musique contemporaine), Christophe Coin ( pour la musique baroque), spécialistes de la petite enfance, etc...
2000 Médaille d'or à l'unanimité de violoncelle, CNR de Douai, classe de Catherine Delanoue.
1999 Médaille d'or de Musique de Chambre, CNR de Douai. Premier prix du concours de musique de chambre de Lievin ( 59)1997 Médaille d'or de violoncelle, ENM de Bobigny, classe de Claude Burgos. Médaille d'or de Formation Musicale, ENM de Bobigny.

Comédien et initiateur du projet : Jérôme Berthelot

Après une enfance charentaise et des études de commerce, il devient employé de banque parisien. Sa vie trouve un nouveau souffle avec le théâtre en 2001, à 40 ans.

Comédien :

> Les Diablogues de R. Dubillard
> N’te promène donc pas toute nue de G. Feydeau
> Barouf à Chioggia de C. Goldoni
Mise en scène : Jean-Jacques Saint-Marc, Ici et là Théatre

> L’Innocent venu d’ailleurs de D. Reynaud Prix régional de l’innovation culturelle 2006
> Encore un peu d’espace qu’on enlève au silence ..de R. Prin
Mise en scène : Jean-Marie Bréhier, Comédie de l'éperon

> Feu la mère de Madame de G. Feydeau, (Petites musiques conjugales) / Site en Scène 2014 à Surgères
Mise en scène : Agnès Brion, Emmanuelle Marquis, 3C-Théâtre

Clown :

> Chacun pour Moi / duo de clowns coécrit avec Nelly Bérard
Mise en scène : Nourse
       
Auteur et Comédien :

> La pureté vénéneuse d’une cigarette menthol / Seul en scène
> Secrets et Mystères du Jardin de Gabriel avec Isabelle Rique-Lurbet à la clarinette
Mise en scène :
Jean-Marie Bréhier Comédie de l’Eperon

> Grain de Sel
coécrit et joué avec Justine Devin
Mise en scène :
Jean-Luc Pérignac


> Mon intégrité est totale / Seul en scène
Agnès Brion 3C-Théâtre

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